Témoignage de la commune de Berchem-Sainte-Agathe dans le cadre de son partenariat avec Grand Dakar


1) Qu’est-ce qui a mené votre commune à prendre part au Programme de CIC et quand l’avez-vous rejoint ?


C’est quelque part le hasard (Mme Martine GOUBERT, secrétaire de l’Echevin en charge des Relations Nord-Sud, ayant retrouvé une sollicitation à participer au programme et qui en parle au 1er Echevin, s’en suit un jour une rencontre de diverses personnes pour parler de la CIC, sans plus) qui a fait que notre commune a pris des contacts avec Grand-Dakar.
C’était un jour en 2007… Il en résulte qu’au mois de novembre 2007, Monsieur Jean-Marie COLOT (1er Echevin à l’époque) et M. Philippe ROSSIGNOL (Secrétaire communal) ont été chargés de la signature de la convention de coopération entre ces deux belles communes.
Le début d’une longue et belle histoire … qui n’est néanmoins pas toujours facile.

2) Quelle vous semble être la plus-value d’un tel programme ?


La coopération en général paraît assez vague pour le citoyen : il y a des campagnes, des récoltes de fonds, des investissements, … mais tout cela n’est pas très palpable, pas proche des gens.
Un des avantages du programme CIC est le travail de commune à commune, qui sont justement des entités proches du citoyen. Cela demande la connaissance de terrain, la connaissance humaine et de l’expertise dans des domaines pas assez développés chez le partenaire.
Grand-Dakar et Berchem-Sainte-Agathe sont deux communes semblables : petite superficie, pas mal d’habitants, proximité, … et c’est ce qui nous lie également. On retrouve dans l’autre commune un rappel de la raison d’exister d’une administration communale et de l’impact qu’elle peut avoir sur la vie d’une population et le développement d’un territoire.
Le travail dans la durée comme le prévoit le programme CIC est également un facteur de réussite.


3) Quelles difficultés avez-vous éventuellement rencontrées et comment avez-vous pu y remédier ?


Tout d’abord, il faut connaître le terrain, les acteurs, les habitudes locales, le wolof, le fonctionnement d’une collectivité locale, d’un pays, d’une société,…
Cela prend plusieurs années avant de se familiariser avec le partenaire. Cette connaissance mutuelle renforce évidemment la confiance, facteur indispensable dans ce genre de programme. Le facteur temps est donc à la fois une difficulté à passer et une nécessité.
Ensuite, il faut se rendre compte que la population a d’autres besoins primaires à satisfaire que le renforcement des capacités d’une commune comme Grand-Dakar. Il faut donc « lutter » contre ses propres sentiments qui demandent d’aider les gens et essayer de garder le focus sur la mise en place d’un système qui renforce les capacités à proprement dit afin de voir le long terme et le bénéfice plus large à l’ensemble de la population. En même temps, il faut montrer à quoi sert le partenariat de façon parfois plus concrète pour la population.

Force est de constater qu’il ne suffit pas de faire un copier/coller de notre fonctionnement vers le partenaire. Il faut disposer des facultés pour faire abstraction de notre mode de fonctionnement et cerner comment quand même introduire nos modes de gestion tout en respectant la réalité locale. Au Sénégal, le Maire a bien plus de pouvoir de décision que chez nous et dans un contexte politique polarisé, il n’est pas toujours évident de structurer les choses de manière rationnelle. Comme partout, une administration doit anticiper les problèmes et changements de sociétés.
Le travail à distance représente également un handicap majeur. Notre expérience démontre que les déplacements et échanges sur place sont primordiaux pour atteindre un résultat concret. Celui qui croit pouvoir atteindre des résultats par l’intermédiaire de la technologie se trompe.

Finalement, il faut souligner la lourdeur du travail administratif que constitue la participation au programme. D’année en année, d’audit en audit, les exigences du bailleur de fonds, à savoir l’Etat belge, deviennent plus importants … et malheureusement avec de moins en moins de moyens mis à disposition.


4) Quels bénéfices vos communes respectives (et leurs populations) tirent-elles de cette expérience ?


  • La coopération entre communes s’est transformée en une réelle amitié !
  • La commune de Grand-Dakar est dotée d’un véritable Bureau de Développement Local;
  • Plusieurs collaborateurs et acteurs politiques de Grand-Dakar ont été formés dans différents domaines, permettant ainsi de renforcer les capacités de la commune de Grand-Dakar;
  • La Mutuelle d’Epargne et de Crédit permet de financer à des taux dérisoires de tranches de la population n’ayant aucun accès aux systèmes financiers classiques. Plusieurs familles ont ainsi pu être aidées dans la vie africaine très rude;
  • Le comité de pilotage de Berchem-Sainte-Agathe a vu ses liens se renforcer en interne grâce au travail d’équipe effectué à travers le programme. Cela était également bénéfique pour le fonctionnement entre ces personnes à Berchem;
  • L’utilité de l’existence d’une administration communale et les défis constants auxquels tout pouvoir local est confronté sont rappelés avec force à tous ceux qui ont participé à cette expérience de près ou de loin;


5) Comment vos communes respectives communiquent-elles autour de ce projet ?


  • La commune de Grand-Dakar, notamment à travers le suivi Facebook, des conseils de quartiers, des mosquées et le Bureau de Développement Local arrive à mobiliser des gens pour être informés sur la coopération.
  • La commune de Berchem-Sainte-Agathe publie régulièrement des articles dans le Berchem News et sur le site de la commune. Elle a organisé une réunion de sensibilisation en interne pour le personnel communal ainsi qu’une exposition pour les 10 ans de notre partenariat à destination du grand public. Cette exposition a également été montée chez notre partenaire de Grand-Dakar.
  • Berchem-Sainte-Agathe essaye également de soutenir le projet auprès des différentes instances tels que BRULOCALIS, le bailleur de fonds, … mais également au Sénégal auprès des plus hautes autorités du pays, l’ambassade de Belgique, WBI, etc.
Force est de constater que malgré tout ça, Berchem-Sainte-Agathe ne communique pas assez de manière structurée autour du programme et n’arrive pas à impliquer suffisamment les Berchemois dans la coopération.


6) Quels sont les défis à relever à l’avenir dans le cadre de la coopération internationale communale ?


Le plus grand défi sera que la mairie de Grand-Dakar puisse poursuivre son développement en utilisant pleinement ses capacités sans aide financière de notre commune. La coopération sera réussie le jour où Grand-Dakar nous dira qu’elle a pu améliorer la qualité de vie de ses citoyens sans aide externe. Malheureusement, vu les défis énormes en Afrique, la progression est lente.
 


Quelques photos du partenariat








« Retour

Auteur(s)

Safiya Boudghene
Dernière modification
14-09-2018
Conditions générales | RSS | Liens utiles